Rencontre avec Elie Doppelt, Président du Laboratoire d’Etudes et d’Analyses des Fluides

Fondé en 2016, le LEAF, le Laboratoire d’Etudes et d’Analyses des Fluides, situé à Boissy-Saint-Léger, est l’un des spécialistes français du dosage de CBD et de THC dans les produits issus du chanvre. C’est également ce laboratoire qui réalise l’une des trois analyses de nos huiles DIVIE. 

Nous avons rencontré son Président, Elie Doppelt

 

Pouvez-vous nous expliquer comment sont réalisées vos analyses et combien, en moyenne, votre laboratoire en effectue chaque année ? 

Aujourd’hui, nous analysons 300 produits du chanvre par mois en moyenne : sommités florales, huiles sublinguales, confiseries, produits cosmétiques, e-liquides… la liste est longue.

Pour réaliser nos analyses, nous utilisons une technique chimique de séparation, la chromatographie, qui permet, par interaction avec un support fixe, de séparer les constituants dans un mélange complexe, c’est-à-dire composé de plusieurs molécules. 

Pour ce faire, il existe plusieurs méthodes de séparation : la chromatographie gazeuse ou liquide : 

  • la chromatographie gazeuse (CG) est une technique qui permet de séparer des molécules d’un mélange éventuellement très complexe. Elle s’applique principalement aux composés gazeux ou susceptibles d’être vaporisés par chauffage sans décomposition.
  • La chromatographie liquide (CL) repose sur la séparation de composés entraînés par un liquide (phase mobile) à travers un solide divisé (phase stationnaire). Plus respectueuse de l’intégrité des molécules composants le cannabis, dont certains qui sont thermiquement sensibles, c’est la méthode privilégiée pour analyser les produits issus du chanvre. 

Quelle est la plus grande différence entre la molécule de CBD et celle de THC ? 

Le CannaBiDiol (CBD) et le TétraHydroCannabinol (THC) sont des cannabinoïdes naturellement présents dans la plante Cannabis Sativa. Leur formule chimique est identique, mais leurs géométries dans l’espace sont très différentes, ce qui peut expliquer des propriétés physiologiques différentes. En effet, contrairement au THC, le CBD n’a pas d’effets psychotropes et ne provoque aucune accoutumance.

Dans le cadre de la mission dinformation sur la réglementation du cannabis bien-être, vous avez été auditionné à lAssemblée nationale.  La commission vient de rendre son rapport, quen pensez-vous ?

La mission d’information parlementaire avait pour mission d‘effectuer un état des lieux des enjeux liés aux différents usages du cannabis. Son rapport est favorable au cannabis « bien-être », donc au CBD. Il traite également de la possible évolution réglementaire sur le chanvre. 

Voici un court extrait résumant la position de la commission :

« D’un point de vue général, la mission d’information appelle les autorités nationales et européennes à dépasser les craintes qu’elles éprouvent vis-à-vis des cannabinoïdes et souhaite qu’un appui décisif soit donné à la filière française en cours de structuration ».

La Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA) va maintenant pouvoir s’appuyer sur ce document pour rédiger ses conclusions en vue d’une évolution réglementaire sur l’année 2021. Pour notre secteur, c’est une excellente nouvelle ! Cela signifie que nous allons, enfin, disposer d’un cadre réglementaire pour les produits à base de CBD ! 

Lors de votre audition à lAssemblée nationale, vous avez notamment expliqué que le THC est présent dans toutes les parties du chanvre. Est-ce pour cela qu’il n’est pas possible d’avoir un taux de THC à 0% sur les produits organiques ? 

Tout à fait. Il faut savoir que le chanvre, appelé également Cannabis Sativa, contient naturellement du THC. On peut purifier le CBD, mais il restera toujours des traces de THC. 

En janvier 2021, 60 millions de consommateurs a réalisé un dossier sur le CBD qui mettait notamment en évidence que de nombreux produits ne contiennent pas ce qui est écrit sur leur étiquette. Cela vous a-t-il étonné ? 

Non, cela ne nous a pas étonné. Nous analysons les produits du chanvre depuis 2017 et nous observons des écarts quant aux dosages en CBD annoncés sur un grand nombre de produits. Il faut préciser que les matières premières contenant du CBD (Broad Spectrum, isolat…) sont des produits modérément sensibles qui peuvent se dégrader à l’exposition à la lumière ainsi qu’à la chaleur.

On observe ainsi  trois grandes tendances quant à cet écart de dosage : 

  • une matière première mal qualifiée 
  • un mauvais dosage en CBD initial 
  • une diminution du titre en CBD avec le temps.

Par ailleurs, suivant la matrice (huiles, e-liquides…) et sa mise en forme, cela peut créer des écarts sur les doses annoncées.

Selon vous, que manque-t-il aujourd’hui en France pour encadrer le marché du CannaBiDiol, un marché qui est amené à croître rapidement ces prochains mois ?   

En premier lieu, il manque une réglementation claire ! Ensuite, de notre point de vue, celui d’un laboratoire, il manque également des méthodes normalisées pour comparer les résultats entre les laboratoires pour doser correctement les produits.

Une affaire à suivre donc ! Merci beaucoup Elie de nous avoir accordé de votre temps et d’avoir partagé votre expertise.